Donner du sens au son

Année marquée par les hommages et les nécrologies, 2016 s’est clôturée sur des notes plus positives pour l’écosystème des musiques populaires : relèvement du plancher des Smac, hausse du plafond du CNV, Fonpeps, crédit d’impôt… Si cela augure d’une meilleure prise en compte des structures mais aussi de leurs publics, il n’en demeure pas moins que nous sommes encore bien loin d’un rééquilibrage de traitement. En témoigne le refus du législateur de ponctionner la taxe dite Youtube d’une fraction en faveur de la musique, comme si les contenus musicaux étaient absents des plates-formes ou qu’internet n’avait en rien impacté le secteur… Ce n’est pas opposer les esthétiques que de souhaiter que la première pratique culturelle des Français, économiquement dynamique tant en France qu’à l’export, soient reconnue à sa juste valeur. Le mot équité semble peut-être galvaudé, mais la situation quotidienne des équipes comme celle des musiciens mérite mieux qu’une attention ponctuelle. Loin des promesses de campagne, nous attendons des pouvoirs publics une ambition concrète s’inscrivant sur la durée. La redéfinition en cours des missions du CNV est une occasion de renouveler les politiques publiques en la matière, ainsi que les solidarités et dialogues au sein même de la profession.  En région, les CTAP peuvent elles aussi être des lieux de concertation et de co-construction, à condition de mettre la culture à leur ordre du jour et d’inviter les organisations professionnelles…

Pour autant ces mobilisations nécessaires ne doivent pas nous focaliser sur la défense unique de nos corporations. Ce n’est ni notre histoire profondément ancrée dans l’éducation populaire, ni nos valeurs laïques et humanistes. Les musiques dites actuelles n’ont pas la prétention de pouvoir à elles seules sauver le monde, mais les acteurs associatifs et coopératifs qui les animent ont à cœur de défendre en leur sein ce vivre ensemble manifestement en grand danger. Ainsi si nous nous revendiquons de l’économie sociale et solidaire, c’est bien parce que pour nous l’économique n’est pas une fin mais bien un moyen. La certitude que le champ culturel relève de par ses effets bénéfiques de l’intérêt général. Les travaux des neurologues popularisés par Oliver Sacks et 35000 ans de lutherie témoignent de ce lien puissant entre la musique et les sociétés humaines. Voilà pourquoi lorsque l’on ferme une salle ou que disparaît un festival, ce n’est pas seulement une entreprise qu’on liquide mais un peu de ce patrimoine commun à l’humanité que l’on dilapide. Il convient plus que jamais de protéger cette flamme.

Voilà pourquoi les droits culturels ne sont pas une contrainte de plus, mais bien une chance. Une chance de raviver le lien entre les populations et les artistes. Certes cela ne se décrète pas et bien présomptueux ceux qui pensent savoir jusqu’où cela nous mènera. Pour faire vivre ce nouveau droit à l’autodétermination et à la liberté d’expression, il faudra accompagner les professionnels mais aussi les usagers, spectateurs-acteurs de cette aventure. Ainsi la transmission et l’éducation doivent être revitalisées. Avoir dans chaque établissement scolaire un orchestre comme le propose Tous pour la musique en écho à ce qui se pratique dans certains pays va dans ce sens. Mettre en œuvre un enseignement de la musique reposant sur le répertoire de création et de nouvelles méthodes pédagogiques à l’instar par exemple des expériences du Collectif RPM, c’est permettre l’éclosion de futures générations de mélomanes et de créateurs. Plus que jamais il convient de dynamiser la pratique amateur. Ouvrir ses oreilles, c’est s’ouvrir à autrui. Cela ne résout pas tout, mais c’est le meilleur des souhaits en ce début d’année : apprendre à s’écouter les uns les autres.