Culture, territoire et citoyenneté

Triste saison des vœux que celle d’une année s’ouvrant sur un deuil international.

A la litanie ordinaire des faux-semblants est venue ainsi s’ajouter l’atrocité du sang versé. Si la réponse populaire solidaire rassure sur notre capacité à vivre encore ensemble, il n’en demeure pas moins qu’une prise en compte des fractures, tout particulièrement sociales, est indispensable. Nous devons tous nous questionner sur notre capacité à convaincre que les valeurs démocratiques transcendent nos différences. Si nous naissons égaux en droit, nous devenons citoyens. Il s’agit d’un apprentissage, tout autant qu’une exigence, car c’est bien parce qu’on se veut citoyen, qu’on se pense en société et non en meute. C’est la base de notre pacte social, de notre contrat de vie commune.

Dans cette fabrique de liens réciproques, la culture comme l’éducation ont évidemment un rôle central. On aurait cependant tort de croire que les belles déclarations suffisent à justifier le soutien aux outils de la liberté d’expression fut-elle artistique. Monopolisé par les enjeux de pouvoir, obnubilé par les questions de chiffres, le débat public se focalise sur les petites phrases au détriment de l’action. Pourtant c’est dans l’écume de ces jours d’incarnation de la Nation que devraient se jouer les choix de société présents et futurs. Plus prosaïquement, si les millions des uns continuent à n’être que les centimes des autres, c’est bien qu’en matière culturelle, l’équité n’existe ni entre les pratiques, ni entre les territoires. Les réformes concomitantes qui vont réorganiser les missions des services de l’état comme les attributions des collectivités sont du coup l’occasion de poser les enjeux mais aussi d’imaginer les réponses. Il est trop facile de se cacher derrière son bouclier, d’arguer de la difficulté des temps et de se contenter de payer en mots les revendications des plus mal lotis pour maintenir un injuste statu-quo…

Aujourd’hui le risque est fort de voir refluer les politiques culturelles jusque dans le microcosme de leur périmètre d’ancien régime. Quelle place pour un réel maillage territorial dès lors que les moyens seront asséchés à la source, accaparés par quelques grands équipements dispendieux et centralisateurs ? Alors que toutes les équipes font face à un resserrement parfois violent de leur finance, on observe un accroissement des inégalités culturelles. Si la concentration par l’argent est déjà à l’œuvre, doit-on fatalement en accepter la logique désocialisante sous prétexte d’économies ? C’est alors faire fi des capacités d’innovation et du dynamisme entrepreneurial des structures associatives et coopératives. Ce dense tissu ESS qui irrigue l’ensemble de la France de sa ruralité oubliée à l’expression la plus brutale de son urbanisme. C’est dans ce champ que se sont révélées non sans mal les musiques actuelles, expressions populaires qui ne méprisent ni le savant, ni le virtuose, mais souhaitent juste pouvoir travailler décemment à cette œuvre culturelle commune. La création comme l’égalité restent des combats. Soit 2015 raisons de rester encore et toujours mobilisés.

 

Yves Bommenel,

Président du SMA