Jouer collectif

La trêve estivale n’y aura pas suffi, la rentrée socio-professionnelle se révèle plombée, engluée dans les statistiques inquiétantes, l’approximation gouvernementale et les combats d’appareil. Sans sombrer dans la sinistrose ambiante, le miroir médiatique des réalités du pays donne des bleus à l’âme et sape le moral. Les trémolos d’un blues sur fond de naufrage inéluctable, de déclin annoncé… Quel contraste avec l’énergie des pays émergents ou le volontarisme des autres pays européens ! Car qu’on ne s’y trompe pas, si les constats et les signaux d’alarme sont partagés par bien des nations, c’est bien un mal français que cette passivité. D’ailleurs à y regarder de près peut-on parler d’un réel renoncement ? Sans dresser le tribunal des briseurs d’espoir et autres casseurs de rêve, c’est plus dans le vivre ensemble que les dégâts sont profonds. Combat d’égo des « élites », lutte des classes contre déclassement, communautarisme contre communauté, une montée générale des antagonismes, des défiances réciproques. Rechercher les clivages, préjuger des oppositions, renforcer les querelles, voici le terreau fertile sur lequel prospère notre incapacité à s’imaginer un avenir commun, à chercher les solutions pérennes à nos maux bien réels.

Certes les raisons de ce désamour généralisé sont multiples. Il n’est pas faux de prétendre que la France est sclérosée par les blocages technocratiques, les promesses feintes et les arrangements entre amis, mais taper sur les politiciens, les syndicats, les chômeurs, les patrons, les pirates, bref tous les autres ne résout rien… Livrer à la vindicte des bouc-émissaires et se trouver des excuses pour se contenter de ronchonner au lieu d’agir sont des pirouettes bien commodes. Un confort souffreteux. Loin des divisions, nourrir d’engagement la recherche des consensus nécessaires ou mettre la bienveillance comme préalable au dialogue est plus ardu mais aussi plus constructif. Car ne nous trompons pas, nul n’est notre ennemi dans le combat pour relancer l’économie du secteur musical et sauver notre fameux modèle. Sans jamais renier nos valeurs, c’est en étant forts dans nos propositions que nous trouverons la force de persuasion pour convaincre de la nécessité de changer de paradigme, de faire sauter les verrous. Acceptons les différences de point de vue, ouvrons nous au débat. C’est par des actes concrets, des petits pas vers de grands changements que nous recouvrerons le mouvement qui manque, la dynamique qui fait défaut. Mais avant tout, restons convaincus que si le monde change, nous pouvons à notre tour changer le monde.

Yves Bommenel, Président du SMA