Pour une nouvelle ère

Bouleversements structurels, crises conjoncturelles, accroissement vertigineux des inégalités, nos sociétés sont en souffrance. Aux questions complexes du chômage de masse et des déficits accumulés, le politique ne parvient pas à apporter des réponses crédibles. Une impuissance que nos concitoyens lui font payer dans les urnes. Le télescopage des annonces gouvernementales en cours apporte pourtant un nouvel éclairage à ces enjeux cruciaux. C’est en cela que ces projets doivent être évalués. Argument de marketing électoral ou pas, le changement est plus que jamais une nécessité. La mise en œuvre de plusieurs grands chantiers augure peut-être enfin d’une réforme d’ampleur. Modernisation de la vie publique, décentralisation, formation, paritarisme : une révolution qui n’oserait pas dire son nom, calée cependant sur un double tour de vis budgétaire. Faire mieux avec moins. Beaucoup moins.

Simplifier les procédures administratives, améliorer ses savoir-faire tout au long d’une vie professionnelle, toiletter la représentation syndicale et son financement, oui il y a urgence à réformer cela. Le regroupement des régions, l’évolution des conseils généraux, l’approfondissement de l’intercommunalité sont aussi des solutions dont on peut discuter. Pour autant que le temps et l’espace de la discussion existent. Or, le tempo d’un quinquennat impose son pas de course à des sujets qui mériteraient pour le moins le débat. Si, sur le fond, les causes sont entendues, les remèdes comme leur posologie ne relèvent pas simplement de la forme. « Clarifier l’organisation territoriale de la République », comme redresser les comptes de la nation sont des objectifs louables. Hélas, l’accumulation de mauvaises nouvelles pour les ménages comme pour nos entreprises, sans parler du chaos potentiel que suppose de tels transferts, font que le traitement pourrait bien plus tuer le patient que le guérir…

Si la méthode change avec la personnalité du président, pas sûr que la potion soit moins amère pour les citoyens. Aux incertitudes du moment nous n’avons donc que le volontarisme à opposer. En la matière, que le gouvernement se rassure, les partenaires sociaux sont prêts à négocier. Il suffit pour cela qu’on les y invite. Or, si les rapports et les rendez-vous manqués se sont succédés, les espaces réels de co-construction restent à inventer. Aux ambitions affichées, seule une logique comptable conduisant à la fragilisation du secteur semble correspondre. Fossilisée dans ses équilibres anciens et des combinaisons d’appareil, la politique culturelle manque de souffle. Que les décisions ou les dispositifs soient pilotés localement ou pas, la quête du sens paraît bien absente de la démarche. Reconnaître l’entrepreneuriat culturel et son apport positif à l’économie nationale ne peut s’entendre sans réflexion sur la finalité de l’économique, ni sans rééquilibrage. Fortes du développement qui est le leur, les musiques actuelles, comme les autres entreprises créatives de l’ESS, demandent uniquement d’avoir les moyens pour révéler tout leur potentiel. Diversité et équité peuvent rimer avec redressement, si on change vraiment de modèle.

Yves Bommenel, président du SMA