En 2025, nous avions souhaité visibiliser l’impact des coupes budgétaires et de la diminution en chaîne des financements dédiés à la culture sur l’activité des structures de musiques actuelles dans les territoires. Emplois, dates de concerts, actions culturelles… nous avions ainsi, en plus d’une analyse quantitative des budgets région par région, proposé un état des lieux des répercussions à venir pour les structures de musiques actuelles et par conséquent sur les populations. Cette analyse s’accompagnait de la mise en lumière d’initiatives et actions culturelles menées par les adhérents du SMA sur les territoires.

Ce travail était essentiel pour souligner l’aspect inédit et brutal des coupes budgétaires. Cette année, les impacts qualitatifs sont encore massifs et l’impact sur les actions culturelles mises en place est bien réel.

Nous souhaitions cependant travailler cette fois sur un format plus interactif et dynamique, évolutif au fur et à mesure des votes des différentes collectivités territoriales et permettant d’identifier les baisses quantitatives avec une visualisation simple et intuitive des chiffres.

C’est pourquoi nous avons décidé de travailler cette année sur une cartographie recensant les coupes budgétaires, en majorité sur le volet régional, avec la volonté de détailler à l’avenir les coupes au niveau des départements et des communes dans la mesure des éléments dont nous disposons.

Contexte et méthodologie

Cette cartographie se base sur les budgets primitifs des régions en 2025 et en 2026. Elle a cependant vocation à être alimentée tout au long de l’année, ce qui permettra de prendre note des votes rectificatifs ou des délibérations survenant après sa publication.

Ce travail a été réalisé en lien direct avec les réseaux régionaux de musiques actuelles et la cartographie interactive a été réalisée par Lucile Boursier.

Bien que nous ayons recensé ici les chiffres dont nous disposons pour la Corse, le SMA ne compte pas d’adhérents dans ce territoire et nous ne l’incluerons pas dans l’analyse qui va suivre. L’analyse des résultats porte donc sur les 12 régions métropolitaines et sur la Réunion.

De plus, il faut nuancer la comparaison des dynamiques entre les collectivités : toutes, qu’il s’agisse des régions et des départements, n’affectent pas leur budget Culture de la même manière au sein du budget : parfois, les lignes de budget incluent le patrimoine, et parfois non, parfois elles incluent le sport et la vie sociale, et parfois non. Nous avons tenté ici de dépeindre les budgets Culture de la manière la plus précise et égalitaire possible selon les informations dont nous disposions.

Dans le cas où vous auriez identifié une erreur, nous vous serions reconnaissants de nous en faire part afin que nous puissions la rectifier.

Dans les collectivités, des baisses persistantes

D’ores et déjà nous pouvons tirer plusieurs constats de cette cartographie :

  • 8 des 13 régions concernées voient leur budget Culture 2026 baisser nettement par rapport à 2025. Si les coupes sont en général quantitativement moins conséquentes qu’en 2025, elles se cumulent à celles de l’an dernier.

  • Le cumul des baisses budgétaires des régions représente un total d’environ 49,1 millions d’euros (et en ajoutant les 88,4 millions de l’an dernier, on atteint 137,5 millions d’euros de baisses cumulées).

  • Si on prend en compte les baisses mais également les hausses de budgets, on peut additionner l’ensemble des budgets Culture des 13 régions et les comparer au montant total des budgets Culture de ces régions l’an dernier : on atteint donc une enveloppe totale de 823M€ en 2024, de 749,2M€ en 2025 et de 702,2M€ en 2026. S’accumulent donc une baisse de 73,8M€ entre 2024 et 2025 (-9%) et une baisse de 47M€ de l’enveloppe cette année (-6%) : en deux ans seulement, on atteint 120,8M€ de baisse globale du financement de la culture par les régions, équivalent à 14,7% de baisse.

  • Les baisses sont aussi nombreuses dans les diverses natures de collectivités : départements, agglomérations…

Par ailleurs, il est important de regarder le contexte des financements des régions au cas par cas pour en saisir les subtilités sans risquer une interprétation hâtive.

Pour consulter le détail région par région, parcourez la cartographie et cliquez sur les régions pour accéder aux textes explicatifs.

Au national, des coupes massives qui se cumulent à celles des collectivités

 Le ministère de la Culture
  • Les financements de l’Etat via le ministère de la Culture connaissent une coupe de 173 millions d’euros en 2026, équivalant à -4,4% (passant d’environ 3,9 milliards en 2025 à environ 3,7 milliards en 2026).[1]

  • Plus spécifiquement, le programme dédié à la Création (programme 131) connaît une coupe d’environ 46 millions d’euros (-4,4%) (passant de 1,44 milliards d’euros en 2025 à 998 millions d’euros en 2026)[2].

  • Le programme Transmission des savoirs et démocratisation de la culture (programme 361) connaît lui une baisse d’environ 19 millions d’euros (-2,5%) (passant de 760 millions d’euros en 2025 à 741 millions d’euros en 2026).

Par ailleurs, suite aux demandes d’économies dans le budget 2026 pour compenser l’impact de la Guerre au Moyen Orient, le Gouvernement prévoit d’annuler 38 millions d’euros de crédits supplémentaires dans la mission Culture. Cette baisse inclurait 11,5 millions d’euros sur le programme Création et 11,9 millions d’euros sur le programme Transmission des savoirs et démocratisation de la culture. Nous attendons cependant de savoir comment ces réductions vont se concrétiser.

  • L’an dernier, le budget du ministère de la Culture avait déjà diminué dans le cadre du Projet de loi de Finances 2025 d’environ 68 millions d’euros (-7,8%) pour les crédits démocratisation culturelle et transmission des savoirs (361).

  • On note également la non-reconduction de certains dispositifs et la diminution de 35% des crédits affectés au FONPEPS – le fonds pour l’emploi pérenne dans le spectacle.

Ainsi, la baisse du financement pour la culture cumulant la baisse des régions et du ministère de la Culture s’élève à 220 millions d’euros (-5% environ).

 Le Centre National de la Musique

Par ailleurs, la dotation de l’Etat au CNM est en baisse de 7 millions d’euros cette année, baisse venant s’accumuler à celle de 1,3 millions d’euros en 2025 et au non-remboursement partiel de la France Music Week à concurrence d’1,2 millions d’euros qui demeurent ainsi à la charge du CNM, contrairement aux engagements pourtant pris par la ministre de la Culture d’alors.

 Le Gouvernement a parallèlement opéré un relèvement des plafonds des deux taxes affectées (+5M€ pour la taxe billetterie et +3M€ pour la taxe streaming), mais ce relèvement ne compense en aucun cas la baisse de subvention opérée. En effet, il importe d’avoir à l’esprit que sur la taxe billetterie générée, 60% de celle-ci revient au producteur du spectacle qui l’a générée, au titre du droit de tirage (ou aide automatique). Seulement 40% de la taxe est réaffectée aux aides sélectives. Ainsi en raison du plafonnement des taxes affectées, le CNM a rendu au budget général de l’Etat près de 6 millions d’euros en 2024, puis près de 12 millions d’euros en 2025. En 2026, ce sont près de 14 millions qui seront probablement reversés au budget général de l’Etat, générant donc une dette nette de droit de tirage de 8,4 millions d’euros. A ce stade, l’établissement ne bénéficiant plus d’aucune réserve, la seule piste pour honorer cette dette serait de ponctionner les aides sélectives 2027 (festivals, diffusion des lieux, création-production-diffusion, aides transversales, etc.), grevant donc d’autant plus leur budget 2027.


Le SMA remercie Lucile Boursier ainsi que les réseaux régionaux de musiques actuelles : la féma, la FRACAMA, Grabuge, Grand Bureau, Haute Fidélité, NORMA, Octopus, le PAM, le Pôle Pays de la Loire, le PRMA, le RIF, le RIM et Supermab.