DÉCLARATION COMMUNE

Musique Live en Europe, de la cartographie à l’action : les acteurs culturels réclament une protection renforcée contre la concentration.

Des représentants des secteurs de la musique, des médias, de l’édition et du cinéma se sont réunis au Parlement européen afin d’examiner l’impact de la concentration sur le pluralisme culturel et d’identifier les réponses possibles au niveau européen.

« We must defend the freedom of imagination and Europe’s cultural sovereignty. »[1]Emma Rafowicz, députée européenne, commission Culture, co-rapporteure pour AgoraEU

L’Europe reconnaît depuis longtemps l’importance de la culture, mais cet engagement ne s’est pas accompagné d’une attention suffisante portée à la manière dont la concentration affecte la diversité culturelle. La défense de l’« exception culturelle » lors des négociations commerciales des années 1990 a affirmé que les biens et services culturels ne peuvent être traités comme des marchandises ordinaires. Ce principe doit également inspirer les règles régissant les marchés culturels. Il convient notamment d’examiner de plus près les conséquences culturelles de l’intégration verticale : le contrôle de plusieurs maillons de la chaîne de valeur par un seul groupe, de la production et de la promotion à la distribution et à l’accès au public.

Cet écart est devenu de plus en plus difficile à ignorer. Dans les domaines de la musique, des médias d’information, du cinéma et de l’édition, un nombre restreint de groupes contrôle désormais les aspects essentiels que sont la production, la promotion, la distribution, la billetterie et l’accès. Dans le seul secteur de la musique live, quatre groupes sont liés à plus de 200 des plus grands festivals européens, tandis qu’un petit nombre d’entreprises domine la propriété et l’exploitation des grandes salles et des tournées internationales, s’étendant également à la billetterie — la promotion des concerts et les principales plateformes de billetterie étant désormais regroupées sous la même propriété d’entreprise.

« Beyond technical analysis, the trends reflect a political turning point. »[2]Emma Rafowicz, députée européenne, commission Culture, co-rapporteure pour AgoraEU

Cette concentration n’est pas seulement un enjeu économique. Lorsqu’une poignée d’acteurs contrôle la production et la diffusion culturelles, ceux-ci acquièrent une influence sur les idées, les récits et les représentations qui parviennent au public. Il peut en résulter une standardisation accrue, une diminution des voix indépendantes et un paysage culturel façonné uniquement par des intérêts financiers.

« A society that no longer allows the clash of ideas and sensibilities undermines the very foundation of the democratic pluralism. »[3]Emma Rafowicz, députée européenne, commission Culture, co-rapporteure pour AgoraEU

La culture est donc devenue un champ de bataille démocratique. Défendre la diversité culturelle, c’est défendre la liberté d’expression, l’esprit critique et notre capacité collective à imaginer d’autres voies.

L’Europe doit réagir de trois manières :

Tout d’abord, il faut renforcer la transparence et le contrôle. Les citoyens, les artistes et les entreprises devraient pouvoir savoir à qui appartiennent les structures culturelles, qui contrôle les circuits de distribution et qui finance les campagnes de promotion.

« The European Media Freedom Act has led to progress in media transparency. We must now extend this to all cultural sectors. »[4] Emma Rafowicz, députée européenne, commission Culture, co-rapporteure pour AgoraEU

Un observatoire dédié, calqué sur l’Observatoire européen de l’audiovisuel, pourrait recenser en permanence les phénomènes de concentration. La transparence ne mettra pas fin à la concentration verticale, mais elle mettra en lumière les relations de dépendance qui façonnent la production culturelle et l’accès à celle-ci.

Deuxièmement, les pouvoirs publics doivent rétablir un soutien financier adéquat en faveur des petites et moyennes entreprises culturelles indépendantes. Les secteurs de la culture et des médias continuent de subir les conséquences de la pandémie et des coupes dans les financements publics. L’Europe a besoin d’un budget culturel ambitieux d’au moins 10 milliards d’euros, capable de soutenir ceux qui créent, produisent et diffusent la culture en dehors des structures dominantes.

Troisièmement, l’Europe doit mettre en place des outils de concurrence plus efficaces et des règles antitrust spécifiques aux secteurs culturels. Cela devrait inclure un examen plus approfondi de l’intégration verticale, une éventuelle séparation entre les activités de production, d’édition et de promotion, ainsi que des limites quant au nombre de maillons de la chaîne de valeur qu’un même opérateur peut contrôler, sur la base d’indicateurs adaptés.

« We are creating new alliances for the freedom of imagination. »[5]Emma Rafowicz, députée européenne, commission Culture, co-rapporteure pour AgoraEU

Partout en Europe, des structures indépendantes mettent déjà en place des solutions alternatives, notamment des systèmes indépendants de billetterie et de distribution. Les moyens de résister existent. La question politique est de savoir si les institutions européennes et nationales écouteront et soutiendront ceux qui œuvrent sur le terrain pour défendre la diversité culturelle.


[1] « Nous devons défendre la liberté d’imagination et la souveraineté culturelle de l’Europe. »

[2] « Au-delà de l’analyse technique, ces tendances reflètent un tournant politique. »

[3] « Une société qui ne tolère plus le choc des idées et des sensibilités sape les fondements mêmes du pluralisme démocratique. »

[4] « La loi européenne sur la liberté des médias a permis de réaliser des progrès en matière de transparence des médias. Nous devons désormais étendre cette démarche à tous les secteurs culturels. »

[5] « Nous tissons de nouvelles alliances au service de la liberté de l’imagination. »


Contacts presse :
Live DMA – Cassandre Gouillaud |
cassandre.gouillaud@live-dma.eu
Reset! network – Clarisse Teyssandier |
clarisse@arty-farty.eu
Syndicat des Musiques Actuelles – Aurélie Hannedouche |
dg@sma-syndicat.org